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Chaine de valeur oignon, Développement Rural

La commercialisation de l’oignon au Sénégal

La commercialisation de l’oignon local a toujours été un très sujet sensible au Sénégal. Les nombreuses coupures de la presse écrite sénégalaise qui relayent l’information à ce sujet en témoignent. On souvent l’impression qu’il s’agit avant tout d’une bataille médiatique que se livrent les acteurs de la filière et qui vise à alerter l’opinion pour mettre en garde les pouvoirs publics et accélérer ainsi les prises de mesure.
Pourquoi tout cet engouement lorsque la période de commercialisation approche? Quels en sont les enjeux ?
On nous parle souvent de problèmes d’écoulement de l’oignon local, de difficultés de stockage et de conservation, de concurrence de l’oignon importé qui tire le prix de l’oignon local vers le bas, de gels des importations, etc. Essayons de comprendre en faisant un bref retour en arrière.

Avant 1995: Contingentement sur l’oignon importé

Déjà en 1992, l’oignon représentait 29% de la production maraîchère, contre 17% pour la pomme de terre, 19% pour le chou, 12% pour la tomate et 23% pour les autres légumes (P.A. Seck, ISRA). L’oignon est aussi le principal légume consommé et représente 20% des dépenses totales en légumes (DPS, 2004). Sa consommation est passée de 6 kg/pers/an en 1990 à 13 kg/pers/an en 2003 (Pelletier, 1997 ; Faostat, 2006).
Selon la DH, la production nationale d’oignon entre 1992 et 1995 avoisinnait les 40 000 Tonnes en moyenne. Les rendements quant à eux atteignaient en moyenne les 18 Tonnes/Ha sur des surfaces moyennes cultivées de 2 500 Ha (source: FAO). Le Sénégal importait aussi durant cette période près de 15 000 Tonnes d’oignon par an.

Jusqu’en 1995, les importateurs d’oignon étaient soumis en plus des mesures de contingentement, à l’obligation de commercialiser de l’oignon local à raison du tiers des volumes importés (Pelletier, 1997). Ceci s’est effectué dans un contexte de mise en oeuvre des réformes commerciales actant la libéralisation des échanges dans le secteur agricole au Sénégal. L’application du Programme d’Ajustement Struturel pour le secteur Agricole PASA (1994-2000) ainsi que l’adhésion du Sénégal à l’Organistion Mondiale du Commerce (1 Janvier 1995) étaient aussi d’actualité. Cette mesure a été supprimée en décembre 1995 et les droits d’entrée ont été abaissé de 56% à 50,8% du prix CAF (David Benz et Ba, 2000).

Rappelons que le Sénégal applique aussi, depuis 1998, une surtaxe de 20% sur les oignons non-originaires de l’UEMOA ou de la CEDEAO. Cette surtaxe de protection ne devant pas dépasser 30% fait partie du système de protection mis en place dans le cadre du document d’orientation stratégique du secteur agricole (PASA) publié en janvier 1998. Ce système protège les produits horticoles de consommation courante (oignon, pomme de terre, banane) afin de favoriser la production nationale et celle de la sous-région dans le cadre d’un marché régional.

A partir de 1995, le rythme de la production et des importations s’accélèrent

Avec la dévaluation du Fcfa, la hausse du prix de l’oignon importé tire les prix de l’oignon local vers le haut. Ainsi entre 1995 et 2000, la production nationale est passée de près de 37 000 Tonnes à 80 000 Tonnes tandis que les importations triplaient passant de près de 13 000 Tonnes à 45 000 Tonnes. En 2000, avec la TEC de l’UEMOA le taux de prélèvements à l’importation se situe à 26,5 % (auxquels s’ajoutent 18 % de TVA).

Avec l’accroissement de la production nationale, des problèmes d’écoulement de l’oignon local se pose de plus en plus. Les producteurs locaux subissent plus le contre coup de cette situation que les importateurs puisque malgré l’offre abondante d’oignon sur le marché, l’oignon importé de qualité supérieure bien ancré dans les circuits de distribution fait chuter les prix de l’oignon local. Rappelons que les importations débutent dès le mois de juillet et se poursuivent jusque vers les mois de janvier et février, périodes durant lesquelles l’oignon local commence à arriver sur les marchés.

Vers le début des années 2000, les producteurs s’organisent avec la création de l’APOV et de l’AUMN

Au niveau des Niayes et avec l’appui du projet PAEP-CECI, l’AUMN voit le jour vers les années 2000 et fédère ainsi la multitude d’organisations paysannes dans la zone. Au niveau de la VFS, sous l’encadrement de la SAED, l’APOV est créée et succède ainsi au “Comité de la fillière oignon” mis en place à la faveur de la surproduction de l’année 1999. Cette surproduction avait entrainée une chute des prix au producteur en dessous de 50 Fcfa le kilo. En réaction à cette situation un prix minimum de 100 Fcfa/kg a été fixé par le comité ainsi que des quotas d’écoulement hebdomadaires par zone de production. Mais ces mesures furent vaines car les volumes récoltés étaient trop importants pour un éventuel stockage d’autant plus que les producteurs des Niayes n’étaient pas concernés par ces mesures. A la suite de ces évènements, une tentative de contractualisation pour la fourniture de 2000 T d’oignon de qualité a été expérimentée par l’UNACOIS et l’APOV durant la campagne 2000/2001. Elle s’est avérée infructueuse car les termes du contrat n’ayant pas été respectés.

En 2003, un système de protection saisonnière contre les importations d’oignon est mis en place

En 2002, avec la création de l’ARM il y a un léger mieux dans la filière. En effet, les acteurs de la filière oignon sont alors tous réunis autour d’un comité national de concertation et de suivi piloté par l’ARM pour discuter de la commercialisation de l’oignon. Les concertations tournaient autour des moyens à mettre en oeuvre pour mieux coordonner l’offre d’oignon. Il fallait dès lors s’accorder sur les périodes de production afin de mieux contrôler les importations et aussi s’entendre sur une charte des prix à respecter qui soit rémunérateur pour le producteur et acceptable pour le consommateur.

C’est ainsi qu’en 2003, le Sénégal fait recours à la clause de sauvegarde spéciale définie dans les accords de l’OMC pour mettre en place un système de protection saisonnière contre les importations d’oignon. Ce dernier a conduit au gel des importations d’oignon du 1er Juillet au 4 Août 2003 après concertation entre acteurs de la filière.

En 2004, les restrictions eurent lieu entre Juillet et fin Septembre 2004 et les importations furent ainsi réduites de 4% entre Mai et Août. Cependant elles sont vite remontées à 11 000 T dès le mois de Septembre. Force est de constater que face à la faiblesse du taux de couverture du marché par l’oignon local, les importations croisssent d’année en année (entre 2000 et 2005 les importations d’oignons sont passées de près de 45 000 à 80 000 Tonnes).

Vers 2005 : les importateurs d’oignon s’adaptent, l’Etat aussi

En 2005, les importateurs anticipèrent les mesures de restrictions et importèrent plus de 19 500 tonnes d’oignon de Janvier à Avril. Face à la présence de l’oignon hollandais sur le marché en même temps que l’oignon local, l’ARM annonce le 30 Avril une suspension des importations pour 4 mois mais il est trop tard. Des mesures additionnelles furent prises afin d’éviter la constitution de stocks par les importateurs. “Il s’agit d’un arrêt de délivrance des autorisations préalables et de procès verbaux d’inspection par la DPV d’une part et de la déclaration d’importation par la DCI d’autre part suite au consensus sur la période de suspension des importations entre les différents acteurs” (G. Duteurtre, P.N. Dieye, 2008). L’Etat décide également de rendre les licences d’importation non transférables et facilite l’octroi du permis aux importateurs qui s’engagent promouvoir la commercialisation de la production locale.

Entre 2005 et 2007, la période de gel des importations va passer de 3 mois à 5 mois (d’Avril à Septembre). En 2007, cette période est précédée de Février à Mars par un contingentement à 2 000 Tonnes assortie d’une clause transitoire pour que les transactions encours puissent arriver à terme.

Actuellement la production nationale se maintient au dessus de la barre annuelle des 200 000 Tonnes. Ce n’est pas pour autant que les importations se sont réduites car l’oignon local ne parvient toujours pas à assurer une couverture permanente du marché local et ne peut même pas rivaliser avec l’oignon importé en terme de qualité. Rien qu’en 2011, les exportations néerlandaises vers le Sénégal s’élevaient à 136 976 Tonnes contre 128 333 Tonnes en 2010 (Eurostat 2012).

En résumé

Il est certes indéniable que le mécanisme de restrictions saisonnières des importations a permis de booster la production locale et de relever en même temps le niveau des prix de l’oignon local. Mais faudrait-il qu’il n’y ait pas de stocks d’oignons importés constitués par anticipations aux périodes de gel comme le laisseraient penser les exportations d’oignons néérlandais vers le Sénégal de Janvier à Septembre 2011 et 2012 qui s’élevaient respectivement à 69 251 Tonnes et 66 537 Tonnes (Freshplaza.com,2012). Précisons que les périodes de suspension allaient du 1 Avril au 31 Août pour 2011 et du 1 Février au 31 Août pour 2012.

Les pouvoirs publics ont de leur côté pris en 2013 des mesures allant dans le sens de préserver les acquis de la filière. Ces mesures sont entre autres de poursuivre les restrictions aux importations en rapport avec la disponibilité de la production locale, de construire des infrastructures de stockage et de conservation, de promouvoir l’assurrance indicielle et de s’accorder sur une charte de prix bénéfique aussi bien par les producteurs que par les consommateurs.

Cependant pour l’instant une meilleure régulation du marché de l’oignon passe par :

* La mise en place d’un système d’information sur le marché performant (stock, prix, etc.) et sur la production (superficie, production etc.) qui permettra de disposer de statistiques fiables. Ces statistiques pourront ainsi faciliter la concertation entre les acteurs de la filière, plus besoin de tapage médiatique;

* Une meilleure organisation et coordination des associations de producteur (APOV et AUMN) afin de mieux gérer la campagne de commercialisation. L’exemple des points de collecte initiés par l’APOV (appuyé par la SAED) sont à formaliser et à généraliser pour une meilleure visibilité des quantités réelles à commercialiser.

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À propos de lavoixdelavallee

Agroéconomiste/Financier, conseiller en entreprise agricole

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