Vous lisez...
Chaine de valeur riz

Le marketing mix pour le riz local sénégalais

 Un siècle après l’introduction du riz importé venu d’Indochine, 26 ans après le plan céréalier qui visait à atteindre un taux d’autosuffisance céréalier de 80% avant l’année 2000, 17 ans après la libéralisation de la filière rizicole, le riz local sénégalais souffre toujours d’un manque de  compétitivité. Pourtant les projets et programmes pour la filière riz se succèdent, avec des résultats plus ou moins mitigés et sans réels impacts. Le problème reste entier et relève plus d’une volonté politique de l’Etat sénégalais, que de la capacité des acteurs de la filière à mieux s’organiser et encore moins de la volatilité des marchés internationaux.
Une approche holistique ainsi qu’une convergence des actions paraissent nécessaires, afin de créer une véritable émulation pour la consommation du riz produit localement dans les grandes agglomérations urbaines du Sénégal :  Le marketing-mix pour le riz local.

Produit

La politique de produit doit s’appesantir préférentiellement sur la qualité intrinsèque du riz local qui constitue son principal handicap. En effet, l’augmentation de la perception qu’a le consommateur du  riz local, passe par  l’amélioration  des qualités organoleptiques (identité sensorielle), et peut atténuer les inconforts liés à son utilisation.

Dès lors, le respect par les producteurs des pratiques et normes culturales recommandées, est nécessaire à l’obtention d’un riz de qualité. Et là, l’adoption du riz local par la modification des comportements d’achat du consommateur en faveur du produit, participe aussi de la réussite des structures de financement, d’encadrement et de recherche à l’atteinte de leurs objectifs qui leurs sont spécifiques. Du choix de variétés sélectionnées reconnues résistantes à rendement potentiel et de décorticage élevé à l’utilisation inconditionnelle de semences certifiées, rien ne doit être négligé.

La simplicité d’usage, par rapport au riz importé qui possède un avantage produit certain (propreté, facilité de cuisson, très goûteux, etc.), est perfectible. Perfectionner les commodités liées à son utilisation, relève alors de la bonne tenue des activités post-récoltes (récolte, battage, stockage, etc.) et d’un usinage de qualité (couleur, propreté, homogénéité des grains) dans des rizeries fonctionnelles et performantes.
Le processus de labellisation du riz local doit aussi aller au-delà de l’appellation et devenir une réalité basée sur  des exigences de qualité qui doivent se refléter jusque dans le conditionnement, afin de permettre une meilleure pénétration au niveau des réseaux de distribution.

Prix

Une politique des prix efficace et efficiente pour le riz, relève plus d’une volonté de l’Etat du Sénégal à  réduire les importations de riz et à investir dans le secteur rizicole locale, que des efforts des producteurs à optimiser leurs coûts de production. Pour cela les pouvoirs publics doivent s’appuyer sur les outils de protection communautaires (TEC, TCI, MSC) afin de réduire la facture commerciale et ainsi créer les conditions d’une relance de la filière riz local, notamment par le relèvement du prix plancher du paddy.

En effet un riz local compétitif par rapport au riz importé et rémunérateur pour les producteurs, pourrait à terme accélérer la modernisation des exploitations agricoles productrices et promouvoir la culture du riz en perte de vitesse par rapport aux cultures maraîchères plus rémunératrices. Cependant un prix rémunérateur pour les producteurs rime avec une bonne gestion du crédit contracté (réduire le surendettement) et une augmentation de l’intensité culturale. La contractualisation aussi, tant est qu’elle soit le fruit d’une concertation et d’un accord mutuel peut-être un début de solution ; dans le sens où, en plus de faciliter l’accès au marché, elle permettra de garantir le prix (réduction du risque-prix inhérent à la commercialisation).

Bien que la consommation riz soit ancré dans les habitudes alimentaires des ménages sénégalaises (54% des céréales consommées en milieu urbain,(PNUE,2004)), la faiblesse de l’élasticité-prix (très faible substituabilité du riz par rapport aux autres céréales), conforté par la crise de 2008, montre que le consommateur sénégalais est plus sensible à la qualité et aux commodités d’usage. Le prix du riz local doit aussi traduire le degré de professionnalisme et le niveau d’intégration et d’organisation  des interprofessions du secteur rizicole.

Place (distribution)

La création des conditions d’un approvisionnement régulier en qualité et quantité suffisante du marché en riz local est un préalable à l’optimisation et à la fidélisation des circuits de  distribution. En effet l’efficience dans la gestion des chaines d’approvisionnement relève tout d’abord d’une spécialisation des acteurs du réseau qui doivent prôner davantage la concertation  pour une équité dans la répartition du profit.

La facilitation de l’accès au financement agricole (crédit de campagne et de commercialisation), l’adoption de la contractualisation et la volonté de produire un riz local de qualité, peuvent permettre une meilleure intégration des réseaux de distribution et pénétration du riz local dans les marchés urbains.

Promotion

Il faut de véritables campagnes publicitaires semblables à ceux des marques de riz importé pour espérer  promouvoir un label (Exemple Riz de la Vallée). Cependant pour que la politique de communication atteignent ses objectifs, il faudrait aussi que le produit, ici le riz local soit à la hauteur de l’image qu’on lui prête : c’est-à-dire un riz de qualité en rapport avec son identité sensorielle et ses facilités d’usage.

En définitive, le secteur rizicole mériterait une meilleure considération de la part de nos autorités compétentes, atteindre l’autosuffisance en riz en éloignant le spectre de l’insécurité alimentaire est bien possible. Une approche intégrée dans la planification des actions et leurs mises en œuvre est nécessaire, et ceci tant au  niveau gouvernemental (entre ministères: agriculture, économie, commerce), que des acteurs à la base (les structures d’encadrement et de recherche, les interprofessions, et les organisations paysannes).

Extrait « Analyse Economique CGERV »Analyse Economique Hivernage 2011-12 CGERV

Marcel Matar Diouf

Publicités

À propos de lavoixdelavallee

Agroéconomiste/Financier, conseiller en entreprise agricole

Discussion

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Entrez votre adresse e-mail pour souscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par email.

Rejoignez 833 autres abonnés

Stats du Site

  • 24 828 visites

Suivez-moi sur Twitter

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :