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Développement Rural

Insécurité alimentaire au Sénégal : la campagne agricole 2011-2012, un échec !

            Avec la récurrence des crises alimentaires dans le Sahel, l’accès à une alimentation saine et nutritive est devenu une réelle problématique au Sénégal. L’analyse globale de la vulnérabilité, de la sécurité alimentaire et de la nutrition de 2010, montre un indice de prévalence de l’insécurité alimentaire sévère des ménages sénégalais qui tourne respectivement autour de 6,2 et 8,2 en milieu urbain et rural et de 18,8 pour les producteurs.

La grande instabilité des prix des denrées de première nécessité et la grande variabilité de l’offre agricole accroît la vulnérabilité des ménages à l’insécurité alimentaire. Les ruraux (57,1% de la population sénégalaise), constituent la masse critique et sont de ce fait les plus exposés. Ceci est d’autant plus vrai qu’avec un niveau de productivité agricole faible (en 2009, la valeur ajoutée par travailleur en $US constants de 2000 était de 245,37$), et des sources de revenus peu diversifiées, le pouvoir d’achat est plombée par les dépenses incompressibles. S’y ajoutent un surendettement chronique et une forte autoconsommation de la production agricole familiale (14% du budget en milieu rural est consacré à l’autoconsommation, les céréales constituant 64% des produits d’autoconsommation, sont autoconsommées à hauteur de 14,7%, ESAM II), qui empêchent la constitution de stocks alimentaires de sécurité.

Parallèlement, la demande en produits alimentaires de base est en constante augmentation. Avec  une croissance annuelle moyenne de la population sénégalaise qui s’établit autour des 2,6% depuis les années 2000 (2,2% de croissance annuelle pour la population rurale et 3,2% pour celle urbaine), et un taux d’urbanisation qui avoisine les 41%, la satisfaction des besoins énergétiques alimentaires minimaux FAO (de l’ordre de 1760 Kcal/personne/jour) parait difficile.

L’agriculture vivrière sénégalaise va mal !

Que cela soit, les superficies cultivées, les rendements atteints, la production obtenue, entre 2010 et 2011, tout a reculé ; ceci concerne bien plus les cultures vivrières que les cultures industrielles. Les superficies cultivées et récoltées en céréales ont enregistré une baisse de 23,1% par rapport à 2010 (24,5% pour le mil, 22% pour le sorgho, 9,7% pour le mais, 25,8% pour le riz).

De même dans certaines régions du Sénégal, la disponibilité céréalière, est lourdement amoindrit par une agriculture vivrière qui peine à enregistrer des résultats satisfaisants. La production céréalière nationale est passée entre 2010 et 2011 de 1 767 822  à 1 132 787 tonnes soit une réduction de 35,9% (20,2% par rapport à la moyenne des 5 dernières années) : une baisse conséquente de 46,6% a été enregistrée pour le sorgho, 40,9% pour le mil, 33,5% pour le mais et 27,3% pour le riz.

Le niveau de rendement déjà faible a aussi reculé de 21,7% pour le mil, de 31,5% pour le sorgho, de 26,3% pour le maïs et 1,9% pour le riz ; et ce malgré un niveau d’intensification très élevé (l’utilisation d’engrais en kg/ha au Sénégal est de 16,2, la CEDEAO 8,2 et le Nigéria 7,8).

Les causes sont à chercher dans…

Un climat changeant qui modifie les cycles culturaux et bouleverse les itinéraires techniques. Le régime pluviométrique a connu en 2011 un déficit de 6 477 mm (cumul de 10 mois sur l’ensemble du territoire) par rapport à l’année 2010 et au niveau régional, par un déficit moyen de pluviométrie de l’ordre de 539,75 mm.

Un niveau de productivité du travail faible qui amoindrit le revenu agricole peu diversifié d’une population agricole qui survit.

Une baisse de la fertilité des sols qui impacte négativement sur le niveau de production et joue sur la solvabilité des producteurs auprès des structures financières.

Des difficultés quasi récurrentes lors de la commercialisation (filières agricoles désorganisées et produits agricoles à faible valeur ajoutée et non compétitifs).

Un financement insuffisant de l’agriculture (aménagements hydro-agricoles, matériels agricoles, magasins de stockage…) et des produits financiers agricoles inadaptés.

Une insécurité foncière qui constitue un frein à l’investissement agricole, accentuée par la « ruée vers la terre » des agro-industriels avec la complicité des pouvoirs publics.

Un leadership paysan, un encadrement technique et une recherche agricole essoufflés qui peinent à se renouveler, et à travailler en synergie.

Des prix stables, plus qu’une nécessité

Les mécanismes de formation et de fixation des prix, sont des éléments très déterminants dans une économie de marché. Le secteur agricole sénégalais largement orienté vers les marchés extérieurs surtout pour résorber son déficit céréalier, ne déroge pas à cette règle.

Les tensions récurrentes sur les marchés internationaux, accroissent le risque  prix  des produits agricoles. La volatilité des prix fragilisent d’autant la dynamique de développement de notre agriculture  dépendante des importations, qu’elle constitue un frein à la compétitivité de nos produits locaux, à la modernisation de nos exploitations agricoles familiales et à la professionnalisation de nos agriculteurs.

Les émeutes de la faim découlant de la crise de 2008 sont la parfaite illustration de la nécessité d’avoir une politique des prix en adéquation avec les aspirations de politiques publiques dans le secteur agricole. Ceci est d’autant plus important qu’avec une instabilité des prix des denrées alimentaires, la vulnérabilité des ménages sénégalais est accentuée et peut à terme menacer leur sécurité alimentaire.

Avec 49,1% des chefs de ménage au niveau national et 73,8% en milieu rural qui ont pour principale activité l’agriculture, et sachant que 60,2% du budget des ménages ruraux est consacrée à l’alimentation (ESAM II), les pouvoirs publics doivent favoriser les conditions de l’obtention d’un prix stable rémunérateur pour les producteurs locaux. Et en même temps en améliorer et faciliter l’accès aux produits alimentaires de base aux ménages sénégalais qui, destinent 52,9% de leurs dépenses quotidiennes obligatoires aux produits alimentaires.

L’Etat doit réagir au plus vite

L’éventualité de prix agricoles volatiles qui peuvent se maintenir à des niveaux élevés, laisse présager des lendemains difficiles pour notre agriculture, peu productive, pas du tout compétitive et fortement liée aux marchés internationaux. L’Etat du Sénégal doit prendre des mesures fortes sur le long terme en matière d’investissements agricoles structurants à travers des financements appropriés. La cible prioritaire et stratégique doit être les ménages agricoles pauvres (exploitations agricoles familiales regroupées au sein des organisations paysannes de base) plus exposés, donc plus vulnérables à l’insécurité alimentaire.

Marcel Matar Diouf

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Agroéconomiste/Financier

Discussion

Une réflexion sur “Insécurité alimentaire au Sénégal : la campagne agricole 2011-2012, un échec !

  1. Cette article résume bien la situation agricole du pays, j’étais aujourd’hui en train de rédiger un rapport et à ma grande surprise j’ai constaté que le plan pour la GOANA , a non pas augmenté la production de maïs mais l’a fait chuté considérablement entre 2008 et 2009 et ainsi de suite pour les années suivantes.

    Publié par Anonyme | août 31, 2013, 5:49

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