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Chaine de valeur riz

Le Sénégal, autosuffisant en Riz à l’horizon 2015 – C’est possible

L’autosuffisance du Sénégal en Riz passe par une professionnalisation et une meilleure organisation des acteurs de la filière riz, ainsi qu’un appui soutenu aux Organisations Paysannes de Base qui soutiennent la production rizicole.

Sur fond de crise alimentaire mondiale, de changements climatiques et de grande volatilité des prix agricoles qui risquent de  remettre en question et de fragiliser les systèmes agricoles existants ainsi que la situation économique  déjà précaire des agriculteurs des pays du Sud, l’heure est à la concertation sur les réorientations et/ou ajustements à apporter aux politiques agricoles nationales et sous-régionales.
Le plan d’action du G20 agricole adopté à Paris va dans le sens, entre autres d’améliorer la production et la productivité agricole, de permettre aux acteurs économiques d’améliorer et de développer des outils de gestion des risques afin de renforcer leur capacité à gérer et à limiter les risques liés à la volatilité des prix agricoles.

Environ 60% de la population active sénégalaise (80% des ruraux) s’adonnent à l’agriculture et à l’élevage (ESAM II, Juillet 2004). La part de l’agriculture sénégalaise au PIB avoisinait les 10% en 2001. Un  réel défi pour l’agriculture sénégalaise serait de diminuer sa dépendance vis-à-vis des marchés internationaux, en réduisant ses importations de produits agricoles et en promouvant la production locale.

Avec comme ligne de mire l’autosuffisance en riz à l’horizon 2015, la filière rizicole n’a jamais été au devant de la scène, qu’aujourd’hui. En témoignent les nombreux projets et programmes d’appui à la filière riz (PDMAS, 3PRD,  PAPRIZ/JICA, Bey DUNDE, PCE/USAID, GOANA, PNAR, etc.) qui œuvrent pour la sécurité alimentaire au Sénégal.

Parmi les principaux indicateurs de performances, figurent le niveau de la production, la productivité, et le taux de pénétration du riz local dans le marché urbain. Bien entendu, ils ne sont que le reflet de l’impact de la politique agricole nationale, du niveau d’organisation des acteurs de la filière riz et de la maîtrise de l’environnement physique, technique et économique par le producteur.
Les résultats définitifs de la campagne rizicole 2010-2011 publié par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) en Juillet 2010, estiment la production de riz au Sénégal à 604 043 tonnes, soit une augmentation d’environ 17% par rapport à la campagne 2009-2010. La région de St Louis représente à elle seule 74% de la production nationale avec une productivité atteignant les 6,5 T/Ha, pour une superficie emblavée de 69 217 Ha.

Cependant ces chiffres contrastent lourdement avec la réalité, car les contraintes  persistent et ce en dépit de l’augmentation des surfaces aménagées. L’accès au financement et aux intrants à temps et en quantités suffisantes, constitue la principale difficulté des exploitations agricoles familiales. Figure aussi, la difficulté de commercialisation du riz local, dont la promotion est souvent entaché par l’attribut « mauvaise qualité », souvent dû à la nature de la semence utilisée, au non respect des normes techniques de production et surtout à la vétusté des unités de transformation locales.

Les surfaces emblavées en riz, une évolution en dents de scie

La Vallée du Fleuve Sénégal (VFS) est une zone agro-écologique au potentiel inestimable, ceci est rendu possible par un climat propice à une succession de trois cultures dans l’année et  par une maitrise totale de l’eau (barrages et aménagements structurants). Néanmoins la gestion du foncier agricole, tant à l’échelle local que national  souffre de réels handicaps, citons :
-la généralisation du phénomène de l’accaparement des terres par les  agro industriels et entrepreneurs étrangers (déviances de la politique agricole nationale qui promeut l’initiative privé);
-la menace réelle des cultures de bioénergies qui peuvent à terme  concurrencer les  cultures vivrières.

Les chiffres de l’ANSD pour la campagne agricole 2010-2011 donnent, 9,9% de surfaces rizicoles sur   les  1 477 513 Ha emblavés en céréales. Pour le riz , 47,02% des 147 208 Ha exploitées sur l’ensemble du territoire sénégalais, sont localisés dans la région de St Louis, 19,21% à Ziguinchor, 15,5% à Kolda et 12,42% à Sédhiou. A St Louis, le riz représente environ 80% des surfaces emblavées en céréales. La SAED confirme quant à elle que 34 695 Ha de riz ont été cultivées pour l’hivernage dans la VFS, avec 22 498 Ha dans le Dagana et 7 854 Ha dans le Podor.
A la faveur des projets de réhabilitation et d’aménagements en cours, Les superficies  exploitées  dans la VFS sont en  constante augmentation. cette évolution est freinée (taux de croissance    de -27% en 2011 des surfaces cultivées en paddy) par :
– le non respect de l’itinéraire technique qui se résume le plus souvent à un manque de prévision ; le retard dans le  financement de la campagne et le manque de matériels agricoles ne sont pas en reste;
– le surendettement chronique des producteurs. Celui-ci est causé pour la plupart par: la dégradation  progressive des sols (érosion, salinisation, acidification) qui a tendance  à  se généraliser, affectant ainsi la fertilité des sols; l’alourdissement du crédit de campagne par le manque de maitrise des surfaces emblavées, qu’il soit volontaire ou involontaire; le manque de transparence dans la gestion du crédit de campagne qui accentue le surendettement;
– les aléas climatiques qui peuvent augmenter la survenance des sinistres.

Une productivité au beau fixe

Les rendements au niveau de la VFS ont évolué d’année en année, passant de 5,77 T/Ha en 2004-2005 à 5,96 T/Ha en 2008-2009 (SAED). Cependant les difficultés récurrentes (oiseaux granivores, inondations, accès aux intrants…) en période hivernale, rendent la culture de contre saison chaude de riz plus rentable. En effet les rendements observés le confirment assez bien: de 6,24 T/Ha en 2004-2005, ils sont passés à 6,51 T/Ha en 2008-2009.

Les sondages de rendement de l’hivernage 2010-2011 réalisés par la SAED, estiment le rendement  moyen à 5,51 T/Ha  pour l’ensemble de la VFS (5,44 dans le Dagana et 5,65 dans le Podor). Cependant au niveau national les rendements enregistrés en paddy n’ont pas évolué entre 2010 et 2011 et stagnent à 4,1 T/Ha.
Un pas important peut être franchi soit, à travers un meilleur contrôle du « marché des subventions », ou tout simplement une élimination des subventions au profit de l’arbitrage du marché (équilibre entre offre et demande). Ceci peut permettre à terme d’accroître la disponibilité et d’améliorer l’accessibilité aux intrants agricoles (engrais et produits de traitement). L’Etat aura alors la latitude d’investir dans les équipements agricoles qui font réellement défaut.

Des prévisions de prix à la production compétitifs

Entre  janvier et mai 2011, le riz  local décortiqué s’est vendu en moyenne à 260 Fcfa/Kg à St Louis (taux d’accroissement mensuel moyen de 3%) , soit 2,5 Fcfa/Kg de moins sur la même période en 2010.
Sur les marchés de Dakar et de Thiès par contre, ce riz s’est échangé en moyenne respectivement  à 318 Fcfa/Kg et à 265 Fcfa/Kg. Le prix moyen sur les 5 dernières années a été estimé à 266 Fcfa/Kg.
Toujours sur les marchés de St Louis, le  kilogramme de riz importé brisé ordinaire, a coûté en moyenne 295 Fcfa, contre  respectivement 294 Fcfa et 290 Fcfa sur les marchés de Dakar et de Thiès (janv. 11 et mai 11).

Avec des prévisions de prix du riz  à la hausse dans les années à venir, des investissements conséquents doivent être envisagés  dans la mise en place de magasin de stockage qui permettront d’atténuer les chocs liés à la volatilité des prix. Les producteurs quant à eux doivent davantage privilégier  la contractualisation afin de  réduire ainsi la spéculation (le plus souvent contraint par un niveau élevé d’endettement).

La consommation de riz augmente

Avec une consommation annuelle de riz qui dépasse le million de tonnes, la demande sénégalaise en céréales plus particulièrement en riz est en constante augmentation. Entre 2008-2010, la part de la consommation de riz sur la consommation totale de céréales  tournait aux alentours de 36% (USDA).
La consommation de riz par tête d’habitant augmente, sous l’effet conjugué d’un accroissement de la population (le taux de croissance démographique est estimé à 2,5% en 2011) et d’une urbanisation galopante .Elle est aussi fonction du niveau du pouvoir d’achat, un sénégalais consomme en moyenne plus de 70 Kg de riz dans l’année. Quant à l’offre de riz, elle est essentiellement structurée par les importations. En effet entre 2008 et 2010, le taux d’auto-approvisionnement en équivalent riz blanchi avoisinait les 31%, actuellement le riz local couvre à peine 20% des besoins en consommation intérieure.

La flambée des prix des denrées alimentaires de 2008, a mis à nu la vulnérabilité de l’agriculture vivrière sénégalaise fortement dépendante des importations et à la merci des fluctuations sur  marchés internationaux. Il faut souligner que les plus vulnérables sont les producteurs eux-mêmes. Selon Analyse Globale de la Vulnérabilité à la Sécurité Alimentaire  (2010), 89,5% du riz consommé en milieu rural est acheté. Pour réduire le déficit de la balance commerciale céréalière, il va falloir  améliorer la productivité et assurer la promotion et la compétitivité du riz local sénégalais.
Les politiques agricoles céréalières doivent être nécessairement orientées vers la valorisation des facteurs de production des exploitations agricoles familiales.

Perspectives en terme de développement durable

Certes, il ne peut y avoir de croissance économique sans agriculture, mais quel type agriculture ? Plusieurs décennies de pratiques culturales ont fini d’entamer la nature du sol (diminution de la fertilité des sols). De même les bouleversements climatiques, sonnent l’alerte, et place la notion «d’une agriculture respectueuse de l’environnement» au centre des débats. La conférence de l’ONU sur le développement durable qui sera tenu en 2012 à Rio de Janeiro est une aubaine pour en définir les principales lignes directives et raffermir les engagements.
Le protocole de Kyoto à la convention cadre des nations unies sur les changements climatiques prône une agriculture durable, dont la promotion peut se faire:
Par la sensibilisation: des études d’impact sur le changement climatique dans nos écosystèmes, de l’utilisation intempestive des engrais et pesticides sur notre environnement et notre santé etc.
Par l’action: en ayant recours aux techniques agro-écologiques (agriculture de conservation) en partenariat avec les structures de recherches. Ces techniques sont moins friandes en intrants et en temps de main d’œuvre (réduction des charges de campagne).
– En dernier ressort par la vulgarisation de ces pratiques  écologiquement productives.

Autosuffisant en riz: c’est bien possible

Le défi de l’autosuffisance en riz a l’horizon 2015 parait bien amorcé. La volonté de l’Etat à travers la pluralité des bailleurs de fonds (AFD, JICA, ACDI, USAID, Banque Mondiale …) qui investissent dans le secteur rizicole à travers des projets et programmes de développement  (GOANA, PNAR, PDMAS…) est certes louable mais insuffisante.

Les efforts doivent être conséquents, soutenus et dirigés en priorité vers les « pauvres » exploitations agricoles familiales à travers un appui aux organisations paysannes de base (OPB) qui soutiennent  la production rizicole. Pour être en mesure d’améliorer sa production en quantité et en qualité, le producteur de riz doit:
– disposer par la mise à sa disposition d’une surface aménagée fonctionnelle et accroitre ainsi sa maitrise de son environnement physique;
– pouvoir accéder à un financement suffisant et en temps voulu pour les intrants et le matériel agricole. Celui-ci doit couvrir éventuellement la période de soudure;
– disposer du savoir faire technique pour la mettre en valeur et également des avancées technologiques agronomiques  (semences certifiées, techniques agro-écologiques…).

Diouf, Marcel Matar
CGERV/Responsable des Analyses Economiques et du Conseil de Gestion à l’Exploitation Familiale

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À propos de lavoixdelavallee

Agroéconomiste/Financier, conseiller en entreprise agricole

Discussion

Une réflexion sur “Le Sénégal, autosuffisant en Riz à l’horizon 2015 – C’est possible

  1. Très bon article. Argumenté et étayé par des statistiques.

    Publié par Lassina | août 23, 2013, 10:36

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